Vi(c)e

Red Lights

Je suis particulièrement heureux. Cela faisait de longs mois que je n’avais pas ressenti de l’apaisement, de la tranquillité et enfin du bonheur.
Je n’ai en aucun cas mis à un terme à mes nombreux vices et addictions. Je les contrôle un peu mieux désormais et je les accepte pleinement. Je n’ai plus peur d’assumer ce que je suis vraiment : un mec dont la principale préoccupation est le plaisir constant. Je n’ai aucune honte de la façon dont je gagne mon argent et encore moins de la façon dont je le dépense.

Je le revendique, je suis une pute. Je l’ai toujours été d’une certaine façon, lorsque je prenais mon pied pour une soirée, avec un ou plusieurs types, que l’on soit dans une ruelle, un appartement, un bar ou une backroom. Je continue mes déambulations sexuelles mais maintenant, je fais payer certains de mes amants.
Parfois je me dis que j’aurais du commencer plus tôt au lieu de vouloir me ranger dans une société qui ne me correspond aucunement.

Lorsque j’ai écrit en août, j’étais perdu à ne plus savoir qui j’étais, partagé entre l’envie de changer et d’accepter la personne que j’étais réellement.
Le déclic s’est produit en rencontrant un homme d’une trentaine d’années, que j’appellerais Eric, alors que je perdais totalement pied. Début septembre les choses ont dégénéré avec Tarek. Jetais tombé fou amoureux de lui mais je sentais que quelque chose clochait. Cela faisait plusieurs semaines qu’il avait moins de temps pour moi et les peu de fois où l’on se voyait, il refusait tout rapport sexuel.
Un soir, je suis tombé sur une lettre en cherchant un briquant dans un tiroir de son salon. Tarek était séropositif. J’ai immédiatement fait des tests, je n’avais rien. J’en ai refait le mois dernier, toujours rien.
Nous avons énormément pleuré, nous nous sommes étreints. Il a voulu me protéger, il n’aurait jamais pu me refiler quoi que ce soit, je lui en suis reconnaissant mais notre amour en a pris un coup énorme.
Il a décidé de partir en octobre pour la Suisse, je ne l’en ai pas empêché mais mon coeur ne s’en est jamais vraiment remis.

J’ai moi-même décidé de partir avec le soutien d’Eric. Il a été celui qui m’a permis de sortir la tête de l’eau, aussi bien moralement que financièrement. Il s’est pris de ma passion pour moi, mon parcours et mes photographies. Il m’en a acheté quelques unes et en a accroché certaines dans son appartement.
Notre relation comporte peu de sexe, il s’agit avant tout d’une belle amitié, d’une confiance profonde et mutuelle. Il ne me demande rien en retour, il ressent l’envie et le besoin de me soutenir. Grace à lui, je n’ai plus eu à me soucier comment payer mon loyer, ma bouffe ou ma drogue. Il m’a offert un appareil afin que je me remette à photographier mon monde et mon quotidien.

Début octobre, j’ai sous loué mon appartement parisien à une amie escort et ai pris un aller simple pour Amsterdam. Je ne peux qu’avouer que j’appréhendais beaucoup. Eric m’a beaucoup rassuré et est venu me voir lors de mon installation. J’ai loué un studio et ai passé quelques jours à profiter de cette ville qui offre tous les vices légalement.
Eric fait parfois appel à des escorts sur Amsterdam et m’a mis en contact avec le responsable d’une agence locale. Ils m’ont immédiatement apprécié mais je ne souhaitais apparaitre sur leur site ou dans leurs publications papier, par soucis de discretion. L’agence a compris et a pu me trouver quelques clients rapidement.
Cela a été très différent de ce que je connaissais à Paris. Je ne me rendais plus compte de grand chose, j’étais dans un était d’ivresse et de défonce tellement avancée que je ne regardais plus à quoi ressemblait la personne qui me donnait un billet.

Ici, tout est très contrôlé et réglementé, je me sens en sécurité lorsque je rencontre un nouvel homme. Cela se passe souvent dans un hotel ou chez la personne. L’agence dispose de toutes les informations pour qu’il n’arrive rien à ses employés. J’ai eu affaire à différents types d’hommes, des mecs mariés, séduisants et en manque de sexe, des hommes d’affaires désespérément seuls et quelques jeunes friqués qui voulaient tenter une nouvelle expérience.
L’agence prend un pourcentage mais je gagne très bien.
J’ai profité de ce travail jusqu’en décembre où j’ai décidé de retourner sur Paris afin de me reposer et de me retrouver.

Avant de partir, j’ai profité de cette ville jusqu’à n’en plus pouvoir. J’ai fumé à m’en brûler les poumons, ai fréquenté nombre de clubs et ai couché avec un paquet de mecs superbes.
Début décembre, quelques jours avant que je ne reparte, le patron d’une boîte réputée pour ses shows et ses cabines que je fréquente régulièrement me propose de monter sur le podium avec un de ses perfomeurs. Lors de cette soirée seuls les sous-vêtement sont autorisés, les mecs se baladent à poil, ou presque. Je prends quelques shots, fume un énième joint et accepte la solicitation du patron. Je sais qu’il n’y aura aucun trace de cette soirée, à part dans l’esprit des personnes présentes, les téléphones étant au vestiaire.
Le mec qui m’accompagne a vingt cinq ans, brun, barbu, musclé. Il me tient la main pour monter sur la scène et commence à m’embrasser. Il enlève doucement son t-shirt ainsi que le mien sous le regard fasciné du public. On finit rapidement à poil et il me suce avec ardeur avant de se mettre à quatre pattes. Je ne me fais pas prier et assouvit sa demande. Les yeux sont braqués sur nous, nous jouissons et allons prendre un verre après s’être rhabillés. Nous passons la nuit ensemble et promettons de nous revoir.

Je compte retourner à Amsterdam en janvier afin de revoir certains clients et retrouver l’atmosphère merveilleuse de cette ville.
Je ne pensais pas me sentir aussi bien en si peu de temps. Je bois un verre de rosé dans mon appartement parisien, le temps est mauvais mais je souris, même si je pense beaucoup à Tarek.